LUMIÈRE ET COULEUR
Les peintures de Christophe Cartier exercent sur notre rétine une fascination qui se prolonge par un éblouissement visuel comme après avoir fixé un point lumineux.
Ce jeune artiste parvient à matérialiser le spectre solaire. On assiste à un mouvement kaléidoscopique empreint de superpositions de papiers transparents entre lesquels l'huile est posée par taches, par flaques, par déferlantes et par coulures retenues par une couche de vernis. Des strates qui jouent sur la transparence, pour des effets de matière sans matière. Ici, le caractère floral est davantage du côté de l'imaginaire que de la réalité. L'immersion dans la couleur supprime toute perspective. Comme dans la peinture chinoise traditionnelle, il n'y a plus ni haut ni bas, mais un plan unique pour la dilatation spatiale. Avec certaines peintures regroupées en diptyque et en triptyque, l'horizon est placé plus haut, comme dans les nymphéas de Monet auxquels les œuvres de Christophe Cartier font penser, non par des similitudes formelles, mais par une démarche picturale pour laquelle il trouve d'autres solutions.
Lydia HARAMBOURG, Février 2009
ENTRE DEUX
Christophe Cartier appartient d’évidence aux artistes de la série qui s’emparent d’un motif, d’une forme, d’un thème ou de tout autre élément récurrent pour les tirer en de longues suites qui semblent se répéter (alors que la différence, tenue ou ténue, marque à l’évidence chaque pièce d’une série).
Cartier a ainsi décliné plusieurs séries, depuis les intérieurs obscurs des années 80 jusqu’aux phosphènes aujourd’hui soumis sous le vernis : chaises au miroir, spectres affectés de leurs doublures, langues de terre stratifiées, spirales enroulées sur le centre qui les aspirera, ombres engendrées des décombres qu’elles engendreront, coupes charnelles, élevages de restes enfouis et relevés de traces effacées, ovulations solaires…
Insensiblement (car sans véritable solution de continuité), Christophe Cartier est passé d’une figuration annulée à une abstraction matérialisée, glissant d’une représentation extérieure du monde intérieur à une présentation intérieure des apparences extérieures. Ce parcours que nous envisageons dans sa durée macrocosmique, des origines au présent fuyant, se saisit aussi dans le trajet de l’instant microcosmique, du passé proche au futur immédiat, quand Cartier reprend la pulsion, la création brute, pour la reproduire ou la régénérer, selon le processus qu’il adopte, copie ou dérive.
La peinture de Cartier apparaît finalement pétrie de contradictions, en recherche d’originalité et en souci de duplication, savante et naïve, informelle et informée, minérale et déminéralisée, ternie et bariolée. À coup sûr peinture de routier de la modernité réfléchissant la peinture, et non moins évidemment art d’apôtre de l’immanence en quête d’une vision du jamais vu. À tel point qu’on peut se demander si sa véritable matière n’est pas l’entre deux, la faille, le gouffre, la profondeur invisible que cèle la surface du visible mais que découvrent les bords quand on écarte les images.
Jacques NORIGEON, Octobre 2008